« Connaître sert beaucoup pour inventer. » (Mme de Staël)

Connaître nos mythes fondateurs

Bon à savoir

  Mythe

   On en trouve d’innombrables variations en littérature. Citons Thésée, Orphée, Hercule Œdipe, Antigone, etc. Chaque époque a ses mythes de prédilection :

  • Pour la Renaissance : Pygmalion, Narcisse, Phénix, Actéon
  • Pour le baroque : Circé, Protée, Calypso
  • Pour le classicisme : Psyché
  • Pour le romantisme : Caïn, Faust, Prométhée
  • Pour l’époque contemporaine : Antigone, Electre.

   La lecture d’une œuvre à la lumière d’un mythe est une voie féconde pour la critique littéraire. Relisons donc Nerval à travers le mythe d’Orphée, Camus à travers celui de Sisyphe, Gide à travers celui de Thésée.

  Retenons que Michel Tournier, dans Le Vent Paraclet (1977), proclame que « l’homme ne s’arrache à l’animalité que par la mythologie » et qu’il conçoit son entreprise romanesque comme une exploration des grands mythes.  

A propos d’Orphée

   Fils d’un roi de Thrace et de la muse Calliope, Orphée est un musicien aux pouvoirs magiques. Ce mythe permet de réfléchir sur l’essence et les pouvoirs de la poésie et sur les rapports de l’art avec la mort.

   Voir les films de Cocteau (Orphée en 1950, Le Testament d’Orphée en 1960) et celui de Camus (Orfeu Negro en 1959). Voir détails infra. 

A propos d’Œdipe

   Son histoire est la parfaite illustration de la conception tragique du destin chez les Grecs. Aristote fait d’Œdipe roi, la tragédie de Sophocle (403 avant J.-C.) le modèle du genre.

   Relire Œdipe (1659) de Corneille où, à la différence de Sophocle, le héros affirme son libre arbitre et fait le choix de son propre sacrifice tout en protestant de son innocence. Jean Cocteau, dans La Machine infernale (1934), souligne au contraire la cruauté des dieux.

   Voir également Freud qui souligne la présence des relations œdipiennes dans Hamlet et Les Frères Karamazov.     

A propos d’Antigone

   L’héroïne de la tragédie éponyme de Sophocle, par la force de sa foi, de son action, de sa parole et par son destin tragique, n’a cessé de nourrir la réflexion sur le sens des relations que les hommes entretiennent avec leur famille, leur coté et leurs dieux.

   Figure de la révolte, elle a inspiré des philosophes comme Aristote, Hegel et Kierkegaard, des écrivains (Antigone de Brecht en 1948, Antigone d’Anouilh en 1944).

Mythologie féminine au théâtre

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Le mythe d’Orphée

Orphée

1/ Un mythe poétique

   Le mythe d’Orphée est raconté par les poètes latins Virgile dans les Géorgiques et Ovide dans Les Métamorphoses. La construction du mythe apparaît donc d’abord dans les arts du langage. Les poètes convoquent donc cette figure tutélaire, comme Hugo, Nerval ou Apollinaire qui célèbrent les animaux charmés par Orphée.

   Orphée est un poète lyrique : il s’accompagne d’une lyre pour chanter des textes de sa création.  La qualité de son chant est telle qu’aucun être, vivant ou non (comme les pierres) ne peut y résister : tous sont fascinés.

   Son épouse (Eurydice) ayant été tuée, Orphée décide d’aller dans les Enfers pour la rechercher. Hadès règne sur ce royaume souterrain interdit aux vivants. Orphée le rencontre et l’émeut. Le souverain accepte de laisser partir Eurydice à condition qu’Orphée ne la regarde pas avant qu’ils n’aient tous deux quitté le monde des morts. Mais Orphée se retourne et perd définitivement Eurydice.

   Le mythe symbolise l’amour éternel. Le récit montre également que les pouvoirs de la poésie sont illimités : le chant d’Orphée lui permet d’obtenir l’impossible, même des dieux.   

2/ Dans les arts visuels

Une stèle conservée au musée du Louvre montre le couple Eurydice-Orphée accompagné du dieu Hermès, qui guide les morts dans les Enfers.

Le musée archéologique de Palerme conserve une mosaïque représentant Orphée assis et tenant sa lyre. Des animaux l’entourent et le regardent. Ils sont sauvages ou domestiqués, mais ils sont tous sous le charme du poète.

Présente en peinture dès la Renaissance, la figure du poète inspire de nombreux peintres, italiens (Del Sellaio au 15e siècle), flamands (Breughel l’Ancien au 16e siècle) ou français (Poussin au 17e siècle).

3/ Au cinéma

   Orphée irrigue l’œuvre de Cocteau. Retenons ces deux films : Orphée (1950) et Le Testament d’Orphée (1959). Ils adaptent plus ou moins librement le mythe et montrent la réflexion de Cocteau sur la création poétique et sur le lien entre le monde des morts et celui des vivants.

   Orfeu Negro de Marcel Camus se passe à Rio pendant le carnaval. Les éléments essentiels du mythe sont repris et transposés dans cet univers contemporain et urbain. Le film, palme d’or à Cannes en 1959, a permis de découvrir la musique brésilienne, dont certains titre sont devenus des standards.  

4/ Dans les spectacles vivants

- Opéra : Monteverdi donne un Orfeo en 1607, considéré comme l’un des premiers opéras de l’histoire de la musique. Gluck écrit Orfeo ed Eurydice en 1762. Offenbach intègre le registre comique avec son opéra-bouffe Orphée aux Enfers (1858).  

Note : l’opéra est un art complexe qui fait appel au chant, à la musique, à la comédie. On le désigne parfois par la périphrase « art lyrique » et il ne pouvait que s’intéresser au mythe d’Orphée, poète, chanteur et musicien.

- Danse : le mythe est le sujet d’un ballet chorégraphié par Balanchine, sur une musique de Stravinsky en 1936. Pina Bausch a également repris l’histoire d’Orphée et Eurydice.  

   En s’emparant de ce mythe (puissance de la poésie, force de l’amour, désir de vaincre la mort), les arts s’interrogent sur leur propre puissance.

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Date de dernière mise à jour : 27/03/2024